19 décembre 2025
Les six noms féminins en -age
28 novembre 2025
VOCABULAIRE masculin, mais GRAMMAIRE féminin
VOCABULAIRE (liste de vocables) masculin
Genre étymologique
Genre suffixal
En français moderne, vocabulaire est un dérivé de vocable au moyen du suffixe collectif masculin -aire, qui exprime l’idée de « liste ou recueil de mots ».
Ce suffixe savant a été assez productif :
Les cas féminins sont soit...
- des dérivés suffixés : une publication, une parution
- des composés savants : une anthologie, une biographie, une monographie, une encyclopédie
- le résultat de métonymies :
une torah (13e) emprunt à l'hébreu signifiant "instruction, doctrine, enseignement" et par extension "un exemplaire écrit"
une revue (18e) emprunt à l'anglais review, lui même du français revue f. (restauration du genre de l'étymon français) ; il désigne une publication périodique et par extension "un exemplaire imprimé de cette revue"
une thèse : emprunt au latin thesis f. ; proposition de recherche soutenue lors d'un doctorat ; par extension "un exemplaire imprimé de cette thèse"
une grammaire : emprunt au latin grammatica f. (science des lettres) ; par extension "un manuel de grammaire"
- des emprunts
une bible (12e) Emprunt au latin chrétien biblia f.
06 novembre 2025
PLUIE féminin, mais PARAPLUIE masculin
🌧️ PLUIE : un héritage latin
Le mot pluie, attesté depuis le XIᵉ siècle, vient du latin pluvia, nom féminin dérivé du verbe pluere (pleuvoir). Le français a simplement conservé le genre féminin du latin :
une pluie fine, une forte pluie
Le genre de pluie est donc étymologique. Il a conservé le genre féminin de son étymon latin.
☂️ PARAPLUIE : un composé verbal franco-italien
Au 16e siècle, le français emprunte à l'italien les noms parasol (parasole m.) et paravent (paravento m.), eux-mêmes issus du verbe italien parare (se défendre). En italien, comme en français, le genre masculin est motivé par la nature verbale (donc non genrée) et exocentrique (sans tête) de ce type de composition.
Le français s'est mis à créer de nouveaux composés sur le modèle italien. Le mot parapluie (ce qui protège de la pluie) naît ainsi au 17e siècle, suivi de parachute (ce qui protège de la chute) et paratonnerre (ce qui protège du tonnerre) au 18e.
La forme de composition a été francisé plus tard à l'aide de pare- (verbe parer), pour donner des composés masculins : (19e siècle) un pare-feu, (20e siècle) un pare-brise, un pare-choc, un pare-soleil, un pare-boue, un pare-douche, un pare-pierres, un pare-pluie
Le genre de parapluie est neutralisé, c'est à dire masculin par défaut. C'est le cas de tous les composés verbaux (ex. ouvre-boîte, porte-bonheur, lance-flamme, appuie-tête, lave-linge, grille-pain etc.) car ils n'ont pas de tête genrée contrairement aux composés endocentriques comme chou-fleur m. (un type de chou m.), timbre-poste m. (un type de timbre m.), radio-réveil (un type de réveil m.), pause-café f. (un type de pause f.)
fermer son parapluie, un vieux parapluie
En résumé :
Le genre de PLUIE est hérité du latin, celui de PARAPLUIE est imposé par défaut.
18 octobre 2025
CHEMISE féminin, mais CHEMISIER masculin
Apprenants de français, sachez que le genre des vêtements ne dépend pas du sexe de ceux qui les portent.
Une "chemise" est un vêtement porté par un homme
CHEMISE est attesté en français depuis le 10e siècle. Il est issu du bas latin camisia f., une chemise de toile portée sur la peau.
Un "chemisier" est un vêtement porté par une femme
CHEMISIER est un dérivé du nom français "chemise" à l'aide du suffixe masculin -ier formant des nom d'agent et/ou de profession. En effet, au début du 20e siècle, un "chemisier" ou "chemisière" désignait une personne qui faisait ou vendait des chemises pour homme. Dans les années 20, après glissement de sens, il désignait également une chemisette, une petite chemise, ou une blouse à devant plissé.
En résumé
Le genre de CHEMISE est étymologique, car il a conservé le genre féminin de son ancêtre latin. Le genre de CHEMISIER est suffixal (morphologique), car il a pris le genremasculin de son suffixe -ier.
GROUPE masculin, mais TROUPE féminin
Pourquoi dit-on un groupe de rock, mais une troupe de théâtre, alors que les deux noms partagent un sens proche (ensemble de personnes) et la même finale -(r)oupe /-rup/ ?
Quelle en sont les raisons ?
GROUPE (m.) est un emprunt à l'italien gruppo m. datant du 17e siècle ; le e final du français est orthographique ; il permet de maintenir le son /p/ qui autrement serait devenu muet comme dans "coup" ou "drap". L'emploi de "groupe" pour désigner un ensemble musical date des années soixante.
TROUPE (f.) a une toute autre origine qui s'avère plus complexe à retracer. Il est décrit dans les dictionnaires comme une régression de "troupeau", nom masculin (régression accompagnée d'un changement de genre) qui comme de nombreux autres noms de l'ancien français (trope f. (fin 12e), tropel m.(1190), tropele f. (12e), tropelet m.) dérive du radical francique *trop, *trop (entassement) qui avait donné le bas latin troppum nt. ainsi que l'adverbe français "trop" (1080). Le féminin peut être dû à l'influence de trope f. ou à la finale fermée marquée (-pe) typique du féminin, ou encore à un féminin sémantique (valeur de collectif). "Troupeau" s'est spécialisé dans le regroupement d'animaux alors que "troupe" est réservé aux individus (une troupe militaire). C'est au 17e (1662) que ce dernier commence à désigner également un ensemble de comédiens jouant ensemble.
26 juillet 2025
Le français NUAGE m. - l'espagnol NUBE f.
L'espagnol NUBE f. correspond étymologiquement au français NUE f., sa forme sœur. Tous deux descendent du latin nūbēs, nūbis, nom féminin signifiant "nuage" ou "nuée".
L'espagnol NUBE f. est attesté dès le 13ᵉ siècle.
Le français NUE f. apparaît dans les textes au début du 12ᵉ. Ce mot est aujourd’hui vieilli, mais subsiste dans des expressions comme tomber des nues ou porter aux nues.
L'apparition du nuage français
Le contraste de genre apparent aujourd’hui ne vient pas d’un désaccord entre les langues, mais d’un développement ultérieur propre au français.
Dès la fin du 12ᵉ siècle, le français crée à partir de NUE f. le dérivé NUÉE f. à l'aide du suffixe féminin -ée f., signifiant "amas de nuages" ou "gros nuage". Il appartient aujourd'hui à une langue assez soutenue : Une nuée sombre couvrait le ciel.
Au 16ᵉ siècle, apparaît NUAGE, un autre dérivé de NUE f. mais construit cette fois avec le suffixe collectif masculin –age (comme dans feuillage ou village). NUAGE, qui signifiait à l'origine "ensemble de nues" a remplacé ce dernier pour désigner toute formation de vapeur d'eau dans le ciel.
Le NUAGE français résulte donc de l'ajout d'un suffixe masculin.
Plutôt que refléter une variation capricieuse du genre, le cas du français NUAGE et de l'espagnol NUBE révèle la stabilité des héritages étymologiques et la régularité des processus de dérivation des langues latines.
Le genre grammatical n’est pas arbitraire : il est construit, transmis, ou reconfiguré selon les formes, les suffixes et l’histoire lexicale des mots et des langues.
24 juillet 2025
Noms féminins atypiques à finale Vø (ouverte-démarquée)
22 juillet 2025
Noms féminins atypiques à finale Cø (fermée démarquée)
Petit rappel 1 : les types de finales
On distingue généralement quatre grands types de finales :
Vø (voyelle, sans e) : (ex. un pot /po/)
Ve (voyelle + e) : (ex. une vie /vi/)
Cø (consonne, sans e) : (ex. un sac /sak/)
Ce (consonne + e) : (ex. une ville /vil/)
Rappel 2 : la distribution du féminin
| Type de finale | Proportion |
|---|---|
| Ce | 57 % (ex. une valise, la tendresse) |
| Vø | 27 % (ex. la paix, la vertu, la révolution, la liberté) |
| Ve | 13 % (ex. une idée, une librairie) |
| Cø | 3 % (ex. la soif, la chaleur) |
Focus sur la finale Cø féminine : des cas rares
La finale Cø est la plus marginale dans le système féminin : seulement 85 noms féminins relèvent de ce type dans notre corpus, soit 3 % du total. À ce titre, elle peut être qualifiée de "contre-nature" pour le genre féminin, au même titre que Ve l’était pour le masculin.
Un profil morphologique bien défini
1. Les dérivés du suffixe -eur /œʀ/ (féminin) – genre suffixal
Ils constituent la majorité du corpus Cø féminin : 53 noms sur 85, soit environ 65 %.
aigreur, ampleur, apesanteur, ardeur, blancheur, blondeur, candeur, chaleur, couleur, douceur, douleur, épaisseur, erreur, fadeur, faveur, ferveur, fleur, fraîcheur, frayeur, froideur, fureur, grandeur, grosseur, hauteur, horreur, humeur, laideur, langueur, largeur, lenteur, liqueur, longueur, lourdeur, lueur, odeur, peur, raideur, rancœur, rigueur, rondeur, rougeur, rousseur, rumeur, saveur, teneur, terreur, tiédeur, torpeur, tour, tumeur, valeur, vapeur.
⚠️ Deux exceptions notables : honneur et labeur sont masculins, bien qu’issus du même suffixe.
⚠️ À ne pas confondre avec le suffixe agentif -eur masculin, désignant des personnes ou des machine (acteur, facteur, moteur, ordinateur, projecteur...).
2. Des emprunts anciens – genre étymologique
Des monosyllabes hérités du latin féminin au Moyen Âge (11e-12e siècle) :
mer, quant à lui, provient du neutre latin mare.
On note la présencce d'un emprunt plus tardif (16e siècle) : oasis
Le genre féminin se maintient dans les composés : basse-cour, quote-part.
3. Des emprunts modernes à l’anglais – genre analogique
Contrairement à la tendance majoritaire au masculin par défaut pour les emprunts anglo-saxons, certains noms prennent le féminin par analogie avec un mot français proche :
-
fakenews (→ nouvelle),
-
checklist (→ liste),
-
newsletter (→ lettre),
-
star (→ étoile),
-
ram (→ mémoire),
-
story (→ histoire),
-
take (→ prise),
-
basket, tennis (→ chaussure),
-
santiag (→ botte),
-
jeep (→ voiture),
-
jet-set (→ société).
4. Des apocopes
Formes abrégées issues de mots féminins complets :
-
doc (→ documentation),
-
fac (→ faculté),
-
intox (→ intoxication).
5. Des ellipses lexicales
Constructions elliptiques d’expressions plus longues :
-
la Noël (→ la fête de Noël),
-
la béchamel (→ la sauce béchamel),
-
la javel (→ l’eau de javel).
Bonus : les noms féminins animés en Cø sont rares
sœur (belle-sœur), babysitter, pin-up, barmaid
Pourquoi une telle rareté ?
La finale Cø semble peu compatible avec le genre féminin, ce qui explique sa marginalité. Elle reste limitée (hors dérivés en -eur) bien que de nouveau emprunts à l'anglais ou de nouvelles apocopes peuvent venir grossir le nombre.
Quel bénéfice en retirer ?
Cette rareté est un atout : les noms féminins à finale Cø sont peu nombreux, mais leurs traits distinctifs (suffixe -eur, emprunts anciens, emprunts anglais) les rendent facilement repérables.
En contrepoint, tous les autres noms à finale Cø (hors exceptions) — soit 97 % des cas — sont masculins, ce qui constitue une règle utile pour la détermination du genre.
2025 Ginette Chamart (Droits réservés)
Conclusion :
La finale Cø féminine, bien que minoritaire, constitue un micro-système structuré. En le comprenant, on renforce ses capacités à inférer le genre des noms… et à éviter les pièges.
Dans un prochain billet, nous explorerons les féminins de type Vø (finale ouverte démarquée) (ex. la toux /tu/)
21 juillet 2025
Noms masculins atypiques à finale Ve (ouverte marquée)
19 juillet 2025
Distribution des genres par types de finale
Dans cet article, sont présentées des statistiques concernant la distribution des genres masculin et féminin par types de terminaisons, extraites d'un corpus de 6912 noms français d'inanimés et d'animés non sexués comme victime f. (pas de noms dont le genre serait naturel/biologique).
I. Les différents types de terminaison :
1- Terminaison dite ouverte (son de voyelle = notée V) :
ex. croissant [kʀwa.sɑ̃] ; boulangerie [bu.lɑ̃ʒ.ʀi]
2- Terminaison dite fermée (son de consonne = notée C) :
ex. baguette [ba.gɛt] ; sac [sak]
1- Terminaison dite marquée (marque "e") :
ex. baguette ; boulangerie
2- Terminaison dite démarquée (marque "ø") :
ex. croissantø ; sacø
1- Terminaison ouverte-marquée (Ve) : boulangerie /-i/ avec e
2- Terminaison ouverte-démarquée (Vø) : croissantø /-ɑ̃/ sans e
3- Terminaison fermée-marquée (Ce) : baguette /-t/ avec e
4- Terminaison fermée-démarquée (Cø) : sacø /-k/ sans e
II Distribution des types de terminaisons par genre
Les différentes "DUALITÉS" (seulement deux choix possibles) :
1- genre masculin m. / féminin f.2- finale orale : ouverte (V) / fermée (C)
3- finale écrite : marquée (e) / démarquée (ø)
6912 noms (100%) : 3662 noms masculins (53%) - 3250 féminins (47%)
6912 noms (100%) : 3740 finale (C) (54%) 3172 finales (V) (46%)
6912 noms (100%) : 3654 démarqués (53%) - 3258 marqués (e) (47%)
Les différentes "COMBINAISONS"
genre + finale orale fermée (C) / ouverte (V) :
3662 noms masculins répartis ainsi : (V) 1859 = 51% / (C) 1803 = 49%
3662 noms masculins répartis ainsi : (ø) 2679 = 73% / (e) 983 = 27%
3740 noms à finale orale fermée (C) : Ce 2808 = 75% / Cø 932 = 25%
3662 noms masculins répartis ainsi :
(Vø) 1839 = 50,2% / (Cø) 840 = 23% // (Ce) 963 = 26,3% / (Ve) 20 = 0,5%
3250 noms féminins répartis ainsi :
Sur le total des noms (6912) :
Les masculins démarqués (2679) = (Cø 26,5% + Vø 12%) = 38,75%
Les féminins marqués (2275) = (Ce 26% + Ve 6,5%) = 32,91%
Les masculins marqués (983) = (Ce 14% + Ve 0,25%) = 14,22%
Les féminins démarqués (975) = (Cø 1,5% + Vø 12,5%) = 14,12%
Les finales prototypiques des genres masculin (Cø +Vø 38,75% des noms) et féminin (Ce + Ve 32,91% des noms) représentent 71,66% du total des noms (c.à.d. 4954 noms / 6912).
Les finales atypiques 28,34% du total des noms (1958 noms / 6912) sont également réparties entre masculin (c.à.d. 98314,22%) et féminin (c.à.d. 975 14,12%).
Tableau général des données calculées :
