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23 janvier 2026

Doublets VOILE m. et VOILE f.

Pourquoi dit-on un voile de mariée mais une voile de bateau 
alors que les deux noms viennent du même étymon neutre latin ?

En latin, il y avait trois genres : masculin, féminin et neutre. Les neutres latins ont été redistribués entre le masculin et le féminin en français. Certe, une large majorité sont devenus masculins, mais un nombre non négligeable de neutres pluriels est devenu féminin.

    VOILE m. et VOILE f. sont une bonne illustration de cette redistribution des neutres latins.
(voir également : verre et vitre)

04 janvier 2026

Doublets VOEU et VOTE masculins

VOEU et VOTE, bien que descendant du même ancêtre latin,
sont entrés en français de manière bien différente.
  


À l'origine, le nom latin votum désigne une promesse faite aux dieux. C'est un engagement solennel pour obtenir une faveur.

Le VŒU : l'évolution naturelle

Le mot vœu (masculin) est ce qu'on appelle un "doublet populaire". Il a traversé les siècles oralement, se transformant doucement : votum est devenu vot, vou, veu en ancien français, puis vœu au 17e siècle.

Il a gardé le sens spirituel et personnel : un souhait profond ou un engagement religieux.


Son genre est étymologique : les noms neutres latins sont devenus masculins en français.
Sa finale ouverte (voyelle /ø/) à l'oral, démarquée (pas de -e) à l'écrit est typique du masculin français.

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Le VOTE : le voyageur anglais

Le mot vote (masculin) est un doublet savant. Il a été emprunté au 18e siècle à l'anglais vote, qui vient également du latin votum. Sa forme en -e pour remplacer la finale -um du latin est de style orthographique français (forme savante).

Ici, l'idée de souhait s'est déplacée vers le domaine politique : voter, c'est exprimer son vœu (sa volonté) lors d'un choix collectif.


Son genre grammatical est étymologique, son étymon latin étant neutre, il est devenu masculin en français. 

Note : Les emprunts à l'anglais prennent le genre masculin par défaut (neutralisation du genre) puisque l'anglais ne connaît pas le genre grammatical. Cependant, lorsque cet emprunt n'est pas anglo-saxon mais d'origine latine ou française, il reprend son genre d'origine. 

Sa finale fermée (consonne /t/) à l'oral, marquée (-e final) à l'écrit est atypique du masculin français, mais caractéristique des termes savants. 

Au Moyen Âge, l’anglais a emprunté vou à l’ancien français (anglo-normand) pour former vow, avec le même sens. Il présente ainsi le même doublet vow / vote que le français, tandis que les autres langues romanes (italien, espagnol, portugais) n’emploient qu’un seul mot, voto m.


En résumé

Bien que vœu et vote proviennent du même mot latin (votum), ils ont suivi des chemins différents : vœu est un héritage populaire ancien, tandis que vote est un emprunt savant passé par l’anglais. Leurs sens se sont spécialisés, l’un relevant du domaine personnel ou religieux, l’autre du domaine politique. Tous deux sont masculins, conformément au devenir du neutre latin en français. Vœu porte une finale conforme au standard du genre français du fait de sa longue période d'intégration ; vote porte une finale atypique du masculin, mais caractéristique des termes savants.

Sources : 

Dictionnaire historique de la langue française (A. Rey, Le Robert)
Portail lexical du CNRTL
Généroscope : base de donnée et application (© Ginette Chamart, 2025)
AI : ChatGPT (illustration) et Gemini 


 © Généroscope, Ginette Chamart, 2026 (Droits réservés)

25 décembre 2025

Doublets VERRE m. et VITRE f.

    Pourquoi dit-on un verre, mais une vitre
alors que les deux noms viennent du même étymon neutre latin ?


    En latin, langue à l'origine du français, il y avait trois genres : masculin, féminin et neutre. Les neutres latins ont été redistribués entre le masculin et le féminin français. Certe, une large majorité sont devenus masculins, mais un nombre non négligeable de neutres pluriels est devenu féminin.

    VERRE m. et VITRE f. sont une bonne illustration de cette redistribution des neutres latins.

1. VERRE m. /vɛr/

    En latin, vitrum est un nom neutre qui désigne le verre comme matière. En français, il a évolué en "voirre", puis en verre et a pris normalement le genre masculin.

    Si le genre masculin de verre est clairement étymologique puisque comme nous l'avons vu, les neutres latins sont devenus masculins en français, il est aussi sémantique (générique), car verre fait partie des hyponymes masculins de matériaux/matières (métaux, minerais...) : fer, bronze, cuivre, acier, aluminium, plastique, aggloméré, papier, carton, caoutchouc, bois, liège, cuir, sable, marbre, grès, granit(e), béton, ciment, goudron, bitume...

    Le e final de verre est orthographique, et ne correspond pas à une marque de genre.

2. VITRE /vitr/

    Vitra le neutre pluriel de vitrum désignait des ensembles de plaques de verre. Sa finale en -a a été réinterprétée comme féminin singulier pour donner VITRE f. (carreau de verre)

    Le genre féminin correspondant à un ancien collectif, de nombreux autres neutres pluriels en -a sont ainsi devenu féminins en français : arme, bataille, corne, dette, feuille, joie, librairie, médaille, paire, pomme, tourmente, viande, voile... Ces noms ont tous une terminaison typique du féminin en français, le e s'étant substitué au -a latin.

    Le genre féminin de VITRE peut être considéré comme étymologique puisque ce nom n'est pas un cas isolé mais suit le modèle de nombreux autres neutres devenus féminins. Le genre est également partiellement sémantique (héritage d'une valeur collective féminin), et grapho-phonologique par association avec la marque du féminin.

En résumé

Les deux mots verre et vitre, bien qu'issus du même étymon latin, ont divergé pour se spécialiser dans leur signification et leur genre :

VERRE m. (matière, et par métonymie un gobelet en verre) en suivant la règle générale du neutre devenant masculin. Finale orthographique.

VITRE f. (carreau en verre) en suivant la réinterprétation du pluriel neutre collectif en féminin singulier. Finale typique du féminin.

18 octobre 2025

26 juillet 2025

Le français NUAGE m. - l'espagnol NUBE f.

Pourquoi NUAGE est-il masculin en français et féminin en espagnol

Lorsque l'on parle ou apprend plusieurs langues romanes, il arrive de constater certaines différences de genre entre ellesC’est le cas du mot nuage, masculin en français (un nuage /œ̃ nɥaʒ/) et féminin en espagnol (una nube /ˈuna ˈnube/). 

Deux mots pour une origine commune 

L'espagnol NUBE f. correspond étymologiquement au français NUE f., sa forme sœur. Tous deux descendent du latin nūbēs, nūbis, nom féminin signifiant "nuage" ou "nuée".  

  • L'espagnol NUBE f. est attesté dès le 13ᵉ siècle. 

  • Le français NUE f. apparaît dans les textes au début du 12ᵉ. Ce mot est aujourd’hui vieilli, mais subsiste dans des expressions comme tomber des nues ou porter aux nues.

L'apparition du nuage français

Le contraste de genre apparent aujourd’hui ne vient pas d’un désaccord entre les langues, mais d’un développement ultérieur propre au français.

  • Dès la fin du 12ᵉ siècle, le français crée à partir de NUE f. le dérivé NUÉE f. à l'aide du suffixe féminin -ée f., signifiant "amas de nuages" ou "gros nuage". Il appartient aujourd'hui à une langue assez soutenue : Une nuée sombre couvrait le ciel.

  • Au 16ᵉ siècle, apparaît NUAGE, un autre dérivé de NUE f. mais construit cette fois avec le suffixe collectif masculin –age (comme dans feuillage ou village). NUAGE, qui signifiait à l'origine "ensemble de nues" a remplacé ce dernier pour désigner toute formation de vapeur d'eau dans le ciel. 

Le NUAGE français résulte donc de l'ajout d'un suffixe masculin

Plutôt que refléter une variation capricieuse du genre, le cas du français NUAGE et de l'espagnol NUBE révèle la stabilité des héritages étymologiques et la régularité des processus de dérivation des langues latines

Le genre grammatical n’est pas arbitraire : il est construit, transmis, ou reconfiguré selon les formes, les suffixes et l’histoire lexicale des mots et des langues.


Latin nūbēs (f.)
     │
     ├──► Espagnol : nube (f.) — XIIIe
     │
     └──► Français : nue (f.) — XIIe
                │
                ├──► nuée (f.) — XIIe (vieilli)
                └──► nuage (m.) — XVIe (courant)


Espagnol :  NUBE f.
Latin : Nuba  f.
Français :
NUE f. D'un lat. pop. *nuba, altération du lat. class. nubes «nuage; essaim; obscurité, voile (fig.)»
NUEE f. Dér. de nue*; suff. -ée, v. -é.
NUAGE m. XVIe Dér. de nue* auquel il s'est substitué; suff. -age (suff. masculin)