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04 janvier 2026

Doublets VOEU et VOTE masculins

VOEU et VOTE, bien que descendant du même ancêtre latin,
sont entrés en français de manière bien différente.
  


À l'origine, le nom latin votum désigne une promesse faite aux dieux. C'est un engagement solennel pour obtenir une faveur.

Le VŒU : l'évolution naturelle

Le mot vœu (masculin) est ce qu'on appelle un "doublet populaire". Il a traversé les siècles oralement, se transformant doucement : votum est devenu vot, vou, veu en ancien français, puis vœu au 17e siècle.

Il a gardé le sens spirituel et personnel : un souhait profond ou un engagement religieux.


Son genre est étymologique : les noms neutres latins sont devenus masculins en français.
Sa finale ouverte (voyelle /ø/) à l'oral, démarquée (pas de -e) à l'écrit est typique du masculin français.

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Le VOTE : le voyageur anglais

Le mot vote (masculin) est un doublet savant. Il a été emprunté au 18e siècle à l'anglais vote, qui vient également du latin votum. Sa forme en -e pour remplacer la finale -um du latin est de style orthographique français (forme savante).

Ici, l'idée de souhait s'est déplacée vers le domaine politique : voter, c'est exprimer son vœu (sa volonté) lors d'un choix collectif.


Son genre grammatical est étymologique, son étymon latin étant neutre, il est devenu masculin en français. 

Note : Les emprunts à l'anglais prennent le genre masculin par défaut (neutralisation du genre) puisque l'anglais ne connaît pas le genre grammatical. Cependant, lorsque cet emprunt n'est pas anglo-saxon mais d'origine latine ou française, il reprend son genre d'origine. 

Sa finale fermée (consonne /t/) à l'oral, marquée (-e final) à l'écrit est atypique du masculin français, mais caractéristique des termes savants. 

Au Moyen Âge, l’anglais a emprunté vou à l’ancien français (anglo-normand) pour former vow, avec le même sens. Il présente ainsi le même doublet vow / vote que le français, tandis que les autres langues romanes (italien, espagnol, portugais) n’emploient qu’un seul mot, voto m.


En résumé

Bien que vœu et vote proviennent du même mot latin (votum), ils ont suivi des chemins différents : vœu est un héritage populaire ancien, tandis que vote est un emprunt savant passé par l’anglais. Leurs sens se sont spécialisés, l’un relevant du domaine personnel ou religieux, l’autre du domaine politique. Tous deux sont masculins, conformément au devenir du neutre latin en français. Vœu porte une finale conforme au standard du genre français du fait de sa longue période d'intégration ; vote porte une finale atypique du masculin, mais caractéristique des termes savants.

Sources : 

Dictionnaire historique de la langue française (A. Rey, Le Robert)
Portail lexical du CNRTL
Généroscope : base de donnée et application (© Ginette Chamart, 2025)
AI : ChatGPT (illustration) et Gemini 


 © Généroscope, Ginette Chamart, 2026 (Droits réservés)

05 juillet 2025

Monstre, arbre, orchestre, spectre... quel point commun ?

Les noms en -stre, -ctre, -ltre, -xte, rbre, rdre, -skle
Une curieuse régularité masculine !


Quand on apprend ou enseigne le français, une question revient sans cesse : pourquoi tel nom est-il masculin ou féminin ?
Dans beaucoup de cas, il existe de vraies raisons linguistiques : l’étymologie, la morphologie, le sens, ou encore l’analogie avec d’autres mots.
Mais parfois, on observe simplement des régularités de fait, sans qu’on puisse parler de règle grammaticale au sens strict.
C’est exactement le cas des noms qui se terminent par trois consonnes, comme MONSTRE, SPECTRE, ORCHESTRE, ou ARBRE. Ils sont quasiment tous masculins.

Attention toutefois : ce n’est pas une règle, ce n’est pas une cause du masculin, c’est un constat statistique, fondé sur l’observation du lexique.

Des emprunts latins et italiens

Masculins par emprunt au latin :
    séquestre [sekɛstʀ] LAT sequestrum nt. 
    orchestre [ɔʀkɛstʀ] LAT orchestra nt. du GRE 
    registre [rəʒistʀ] LAT registrum nt. 
    lustre(5 ans) [lystʀ] LAT lustrum nt. 
    monstre [mstʀ] LAT monstrum nt. 
    balustre [ba.lystʀ] LAT sequestrum nt. 
    astre [astʀ] LAT astrum nt.
    sépulcre [se.pylkʀ] LAT sequestrum nt. 
    spectre [spɛktʀ] LAT spectrum nt.
    filtre [filtʀ] LAT filtrum nt.
    philtre [filtʀ] LAT filtrum nt.
    sceptre [sɛptʀ] LAT sceptrum nt.
    marbre [maʀbʀ] LAT marmor nt.
    tertre [tɛʀtʀ] LAT termitem nt. 
    tartre [taʀtʀ] LAT tartarum nt. 
    ordre [ɔʀdʀ] LAT ordo m.
    texte [tɛkst] LAT textus m. (prétexte, contexte, hypertexte)
    *arbre [aʀbʀ] LAT arbor f. (changement de genre dès le gallo-roman)
    muscle [myskl] LAT musculus m.
    cercle [sɛʀkl] LAT circulus m.

Masculins par emprunt à l'italien :
    lustre(brillance) [lystʀ] ITA lustro m.
    cadastre [kadastʀ] ITA catastro m. par le provençal
    désastre [dezastʀ] ITA disastro m.
    pilastre [pilastʀ] ITA pilastro m.

Masculins par substantivation :
    trimestre [trimɛstʀ] adjectif latin trimestris (de trois mois) substantivé
    semestre [səmɛstʀ] adjectif latin semestris (de six mois) substantivé
    sinistre [sinistʀ] adjectif latin sinister (à gauche) substantivé
    pourpre [puʀpʀ] adjectif pourpre substantivé

Masculins par dérivation :

    meurtre  [mœʀtʀ] déverbatif de meurtrir


Masculins génériques ou biologiques (sexe masculin) :
    ministre  [ministʀ]
    extraterrestre  [ɛkstatɛʀɛstʀ] 
    bourgmestre  [buʀgmɛstʀ]

Origine inconnue
    bistre [bistʀ]

Il existe cependant 4 noms féminins, mais ce sont des mots rares :
    la pourpre [puʀpʀ] LAT purpura f. 
    une dartre [daʀtʀ] LAT derbita f.
    une martre [maʀtʀ] ou marte [maʀt] FRQ martar
    une piastre [pjastʀ] ITA piastra f.