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12 mars 2026

FRAISE et FRAMBOISE, les fausses jumelles


FRAISE, la romaine a adopté la finale de FRAMBOISE

FRAMBOISE, la germaine a adopté l'initiale de FRAISE

Echange de bons procédés entre reines du jardin !


FRAISE f. /fʀɛz/ (12e siècle) (finale cohérente avec le genre)
Du latin populaire fraga nt. pl. de fragum (fraises des bois)
👉genre de la terminaison latine -a prise pour un féminin singulier - genre analogique

Evolution phonétique fraga aurait dû aboutir à la forme fraie en français, mais par analogie avec framboise, elle a pris la finale -se /-z/.


 
FRAMBOISE f. /fʀɑ̃-bwaz/ (12e siècle) (finale cohérente avec le genre)
👉genre du francique brambasi f. (baie de ronce) composé de bram- (ronce) et -basi f. (baie) - genre étymologique

Evolution phonétique : Le passage de l'initiale b- à f- s'est faite par analogie avec fraise.


FRAISE et FRAMBOISE partagent également le genre générique féminin des [fruits de table]f. - genre sémantique

27 janvier 2026

Doublets TOUR f. et TOUR m.

La TOUR Eiffel et le TOUR de France 
 icônes françaises de la culture… mais pas du genre grammatical 😢



Une TOUR  
(una torreen italien et en espagnol ; a tower en anglais)

Issu du latin turis f. (tour), le français tour apparaît à l'écrit en 1080 sous la forme tur

Il est cantonné au domaine militaire (tour de garde) jusqu'au 16e siècle.
 
À partir du 18ᵉ siècle, tour se spécialise dans des emplois techniques, évolution qui culmine avec la construction de la tour Eiffel (1888-1889).


Au 20ᵉ siècle, tour va remplacer progressivement les anglicismes gratte-ciel m. et building m. pour désigner des batiments d'habitations ou de bureaux de très grande taille.

Le genre féminin de tour est étymologique (hérité du latin) 
Sa finale démarquée (sans -e) est atypique du féminin français. 
 
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un TOUR 
(a turn en anglais)

Tour est le déverbal de tour(n)er (suffixe zéro -ø masculin).

Il apparaît à l'écrit en 1080 sous la forme tor et désigne à l'époque un volte-face, un tour sur soi, donnant des expressions comme tour de main, tour de bras, tour de rein...

Au fils du temps, tour a pris plusieurs nuances, et participé à la construction de nombreuses expressions : 
-Circonférence : tour de poitrine, tour des yeux, faire le tour
-Fois, moment de faire : tour de parole, chacun son tourà tour de rôle, attendre son tour
-Coup habile : jouer un mauvais tour, un tour de passe-passe
-Promenade : faire un tour

1903 marque la date du premier Tour de France, course cycliste qui deviendra mytique.


Tour n'est pas seul, il est entouré d'autres déverbaux comme lui : retour (de retourner), contour (de contourner), détour (de détourner), pourtour (de portorner).

Le genre masculin de tourbien que cela ne se voit pas, est suffixal (morphologique).
Sa finale démarquée (sans -e) est typique du masculin

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En résumé 

Bien que formellement identiques, tour f. et tour m. relèvent d’origines distinctes, et la motivation de leur genre grammatical diffère : elle est étymologique pour tour f., et suffixale pour tour m. 

Cette homonymie ne s’arrête pas à la linguistique, mais se prolonge dans le champ culturel à travers la Tour Eiffel et le Tour de France, deux des emblèmes nationaux les plus médiatisés à l’échelle internationale. Décidément, les deux-là n'ont pas fini de nous jouer des tours.

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Sources

Dictionnaire historique de la langue française (A. Rey, Le Robert)
Portail lexical du CNRTL
Généroscope : dictionnaire et application (© 2025 Ginette Chamart)
AI : ChatGPT (illustration) et Gemini 


 © Généroscope 2026 Ginette Chamart (Droits réservés)

une BAGUETTE de pain et un CROISSANT beurre

La BAGUETTE et le CROISSANT
 icônes françaises de la culture… et du genre grammatical


une BAGUETTE de pain 

Emprunté à l'italien bacchetta f. (petit bâton, small stick), du latin baculum (bâton), le mot baguette aurait subi l'influence de bague (anneau) pour le son /g/.

1510 Apparaît d'abord dans l'expression "à la baguette" (avec autorité)
1606 Prend le sens de petit bâton 
1675 Apparition de "baguette magique"
1833 Apparition de "baguette de chef" (d'orchestre)
1892 Apparition de la 
"baguette de pain", un pain parisien long et mince   

Le genre grammatical de baguette est étymologique (hérité de l'italien) et suffixal (diminutif féminin -ette sur base nominale)
Sa finale est typique du féminin : fermée (consonne /-t/) à l'oral, et marquée d'un -e à l'écrit. 
  

23 janvier 2026

Doublets VOILE m. et VOILE f.

Pourquoi dit-on un voile de mariée mais une voile de bateau 
alors que les deux noms viennent du même étymon neutre latin ?

En latin, il y avait trois genres : masculin, féminin et neutre. Les neutres latins ont été redistribués entre le masculin et le féminin en français. Certe, une large majorité sont devenus masculins, mais un nombre non négligeable de neutres pluriels est devenu féminin.

VOILE m. et VOILE f. sont une bonne illustration de cette redistribution des neutres latins.
(voir également : verre et vitre)

20 janvier 2026

Doublet : ONION et UNION


Ce doublet est un bon exemple du partage sémantique ancien des genres : le masculin pour désigner des choses concrètes / uniques / simples, et le féminin, pour des valeurs abstraites / collectives / complexes.

L'histoire est compliquée, je ne vous le cache pas ! D'autant plus que les dictionnaires étymologiques, même les plus sérieux, n'indiquent que très rarement le genre des étymons.

Je propose une modeste analyse qui se veut à la fois diachronique et synchronique. 

La présentation par critères de genre permet, je l'espère, de rendre compte de la diversité des mécanismes complexes mis en oeuvre et de laisser un choix ouvert entre les différentes interprétations.

04 janvier 2026

Doublets VOEU et VOTE masculins

VOEU et VOTE, bien que descendant du même ancêtre latin,
sont entrés en français de manière bien différente.
  


À l'origine, le nom latin votum désigne une promesse faite aux dieux. C'est un engagement solennel pour obtenir une faveur.

Le VŒU : l'évolution naturelle

Le mot vœu (masculin) est ce qu'on appelle un "doublet populaire". Il a traversé les siècles oralement, se transformant doucement : votum est devenu vot, vou, veu en ancien français, puis vœu au 17e siècle.

Il a gardé le sens spirituel et personnel : un souhait profond ou un engagement religieux.


Son genre est étymologique : les noms neutres latins sont devenus masculins en français.
Sa finale ouverte (voyelle /ø/) à l'oral, démarquée (pas de -e) à l'écrit est typique du masculin français.

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Le VOTE : le voyageur anglais

Le mot vote (masculin) est un doublet savant. Il a été emprunté au 18e siècle à l'anglais vote, qui vient également du latin votum. Sa forme en -e pour remplacer la finale -um du latin est de style orthographique français (forme savante).

Ici, l'idée de souhait s'est déplacée vers le domaine politique : voter, c'est exprimer son vœu (sa volonté) lors d'un choix collectif.


Son genre grammatical est étymologique, son étymon latin étant neutre, il est devenu masculin en français. 

Note : Les emprunts à l'anglais prennent le genre masculin par défaut (neutralisation du genre) puisque l'anglais ne connaît pas le genre grammatical. Cependant, lorsque cet emprunt n'est pas anglo-saxon mais d'origine latine ou française, il reprend son genre d'origine. 

Sa finale fermée (consonne /t/) à l'oral, marquée (-e final) à l'écrit est atypique du masculin français, mais caractéristique des termes savants. 

Au Moyen Âge, l’anglais a emprunté vou à l’ancien français (anglo-normand) pour former vow, avec le même sens. Il présente ainsi le même doublet vow / vote que le français, tandis que les autres langues romanes (italien, espagnol, portugais) n’emploient qu’un seul mot, voto m.


En résumé

Bien que vœu et vote proviennent du même mot latin (votum), ils ont suivi des chemins différents : vœu est un héritage populaire ancien, tandis que vote est un emprunt savant passé par l’anglais. Leurs sens se sont spécialisés, l’un relevant du domaine personnel ou religieux, l’autre du domaine politique. Tous deux sont masculins, conformément au devenir du neutre latin en français. Vœu porte une finale conforme au standard du genre français du fait de sa longue période d'intégration ; vote porte une finale atypique du masculin, mais caractéristique des termes savants.

Sources : 

Dictionnaire historique de la langue française (A. Rey, Le Robert)
Portail lexical du CNRTL
Généroscope : base de donnée et application (© Ginette Chamart, 2025)
AI : ChatGPT (illustration) et Gemini 


 © Généroscope, Ginette Chamart, 2026 (Droits réservés)

Un POÈME à la CRÈME



Poème sur le hashtaggenre des noms en -ème...

L'observation empirique montre qu'en hashtagfrançais les mots en -ème sont savants et masculins. Seuls hashtagcrème et hashtagbohème sont populaires et féminins


POÈME

Dans l'univers clos d'un vaste système

Où chaque pensée cherche son propre thème

L'esprit s'égare en un long théorème, 

Pour tenter de résoudre un ultime problème.


On y croise l'éclat d'un fier diadème

Porté par un roi au jour du baptême

Lui servant d'armure et de noble emblème 

Durant les rigueurs d'un austère carême.


Parfois l'on médite sur le chrysanthème

Fruit d'un hasard ou d'un noir stratagème

Contemplant l'effroi de ce phénomène, 

Qui fige la vie en un froid anathème.


Mais au milieu de ces mots savants masculins

Deux figures s'avancent, au charme commun 

La crème, et la bohème en leur grâce féminine

Viennent adoucir cette rigueur masculine.

partially AI generated

25 décembre 2025

Doublets : la VITRE est en VERRE m.

    Pourquoi dit-on un verre, mais une vitre
alors que les deux noms viennent du même étymon neutre latin ?


    En latin, langue à l'origine du français, il y avait trois genres : masculin, féminin et neutre. Les neutres latins ont été redistribués entre le masculin et le féminin français. Certe, une large majorité sont devenus masculins, mais un nombre non négligeable de neutres pluriels est devenu féminin.

    VERRE m. et VITRE f. sont une bonne illustration de cette redistribution des neutres latins.

1. VERRE m. /vɛr/

    En latin, vitrum est un nom neutre qui désigne le verre comme matière. En français, il a évolué en "voirre", puis en verre et a pris normalement le genre masculin.

    Si le genre masculin de verre est clairement étymologique puisque comme nous l'avons vu, les neutres latins sont devenus masculins en français, il est aussi sémantique (générique), car verre fait partie des hyponymes masculins de matériaux/matières (métaux, minerais...) : fer, bronze, cuivre, acier, aluminium, plastique, aggloméré, papier, carton, caoutchouc, bois, liège, cuir, sable, marbre, grès, granit(e), béton, ciment, goudron, bitume...

    Le e final de verre est orthographique, et ne correspond pas à une marque de genre.

2. VITRE /vitr/

    Vitra le neutre pluriel de vitrum désignait des ensembles de plaques de verre. Sa finale en -a a été réinterprétée comme féminin singulier pour donner VITRE f. (carreau de verre)

    Le genre féminin correspondant à un ancien collectif, de nombreux autres neutres pluriels en -a sont ainsi devenu féminins en français : arme, bataille, corne, dette, feuille, joie, librairie, médaille, paire, pomme, tourmente, viande, voile... Ces noms ont tous une terminaison typique du féminin en français, le e s'étant substitué au -a latin.

    Le genre féminin de VITRE peut être considéré comme étymologique puisque ce nom n'est pas un cas isolé mais suit le modèle de nombreux autres neutres devenus féminins. Le genre est également partiellement sémantique (héritage d'une valeur collective féminin), et grapho-phonologique par association avec la marque du féminin.

En résumé

Les deux mots verre et vitre, bien qu'issus du même étymon latin, ont divergé pour se spécialiser dans leur signification et leur genre :

VERRE m. (matière, et par métonymie un gobelet en verre) en suivant la règle générale du neutre devenant masculin. Finale orthographique.

VITRE f. (carreau en verre) en suivant la réinterprétation du pluriel neutre collectif en féminin singulier. Finale typique du féminin.

28 novembre 2025

Le VOCABULAIRE et la GRAMMAIRE

Pourquoi dit-on le vocabulaire, mais la grammaire
alors que les deux ont la même terminaison -aire /ɛr/ ?


Trois raisons à cela : 
1) le genre de leur étymon, 
2) le genre de leur suffixe, 
3) le genre de leur générique (hyperonyme)  

VOCABULAIRE  (liste de vocables) masculin

Genre étymologique  

Attesté au XVe siècle, Vocabulaire est un emprunt au latin médiéval vocabularium de genre neutre signifiant "liste de vocables"Les neutres du latin sont régulièrement devenus masculins en français.  

Genre suffixal 

En français moderne, vocabulaire est un dérivé de vocable au moyen du suffixe collectif masculin -aire, qui exprime l’idée de « liste ou recueil de mots ». 

Ce suffixe savant a été assez productif :


bréviaire            liste/recueil de brèves prières  (12e, du latin)
bestiaire            liste/recueil de (contes) avec des bêtes  (12e, du latin)
formulaire         liste/recueil de formules (14e, du latin)    
inventaire          liste de biens répertoriés (14e, du latin) 
itinéraire            liste d'étapes par où l'on passe (14e, du latin)  
commentaire     liste/recueil d’observations, de notes (15e, du latin
abécédaire        liste/recueil des lettres de l'aphabet (16e, du latin) 
dictionnaire       liste/recueil de "dictions" (propos, expressions) (16e, du latin 
glossaire             liste/recueil de gloses (16e, du latin
questionnaire  liste de questions (16e, du latin)  
sommaire         liste des principales divisions d’un ouvrage  (16e, du latin)  
horaire              liste d'heures marquant le début et la fin d’une activité (19e adj. substantivé)
argumentaire     liste/recueil d’arguments (20e, dérivé de argument)  


Genre générique/sémantique (classe d'hyperonymes/synonymes genrés) 

On observe empiriquement que les hyponymes désignant des "objets constitués de feuilles assemblées, imprimées ou manuscrites" sont très majoritairement masculins : abécédaire, actes, agenda, album, almanach, annuaire, atlas, bestiaire, book, bottin, bréviaire, cahier, catalogue, codex, Coran, dictionnaire, digest(e), dossier, essai, guide, grimoire, journal (quotidien, canard, intime), lexique, magazine (périodique), manuel, mémoire, missel, portfolio, précis, registre, répertoire, recueil, roman (polar), script, syllabaire, thésaurus, traité, vocabulaire...

De même que les synonymes : bouquin, exemplaire, fascicule, livre, livret, manuscrit, numéro, opuscule, ouvrage, pavé, polycopié, tapuscrit, titre, tome, volume...


Les cas féminins sont soit...


- des dérivés suffixés : une publication, une parution

- des composés savants : une anthologie, une biographie, une monographie, une encyclopédie

- le résultat de métonymies :  

une torah (13e) emprunt à l'hébreu signifiant "instruction, doctrine, enseignement" et par extension "un exemplaire écrit" 

une revue (18e) emprunt à l'anglais review, lui même du français revue f. (restauration du genre de l'étymon français) ; il désigne une publication périodique et par extension "un exemplaire imprimé de cette revue"

une thèse : emprunt au latin thesis f. ; proposition de recherche soutenue lors d'un doctorat ; par extension "un exemplaire imprimé de cette thèse"

une grammaire : emprunt au latin grammatica f. (science des lettres) ; par extension "un manuel de grammaire"

- des emprunts

une bible (12e) Emprunt au latin chrétien biblia f.