27 janvier 2026

Homonymes : La TOUR f. et le TOUR m.

La TOUR Eiffel et le TOUR de France 
 icônes françaises de la culture… mais pas du genre grammatical 😢



Une TOUR  
(una torreen italien et en espagnol ; a tower en anglais)

Issu du latin turis f. (tour), le français tour apparaît à l'écrit en 1080 sous la forme tur

Il est cantonné au domaine militaire (tour de garde) jusqu'au 16e siècle.
 
À partir du 18ᵉ siècle, tour se spécialise dans des emplois techniques, évolution qui culmine avec la construction de la tour Eiffel (1888-1889).


Au 20ᵉ siècle, tour va remplacer progressivement les anglicismes gratte-ciel m. et building m. pour désigner des batiments d'habitations ou de bureaux de très grande taille.

Le genre féminin de tour est étymologique (hérité du latin) 
Sa finale démarquée (sans -e) est atypique du féminin français. 
 
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un TOUR 
(a turn en anglais)

Tour est le déverbal de tour(n)er (suffixe zéro -ø masculin).

Il apparaît à l'écrit en 1080 sous la forme tor et désigne à l'époque un volte-face, un tour sur soi, donnant des expressions comme tour de main, tour de bras, tour de rein...

Au fils du temps, tour a pris plusieurs nuances, et participé à la construction de nombreuses expressions : 
-Circonférence : tour de poitrine, tour des yeux, faire le tour
-Fois, moment de faire : tour de parole, chacun son tourà tour de rôle, attendre son tour
-Coup habile : jouer un mauvais tour, un tour de passe-passe
-Promenade : faire un tour

1903 marque la date du premier Tour de France, course cycliste qui deviendra mytique.


Tour n'est pas seul, il est entouré d'autres déverbaux comme lui : retour (de retourner), contour (de contourner), détour (de détourner), pourtour (de portorner).

Le genre masculin de tourbien que cela ne se voit pas, est suffixal (morphologique).
Sa finale démarquée (sans -e) est typique du masculin

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En résumé 

Bien que formellement identiques, tour f. et tour m. relèvent d’origines distinctes, et la motivation de leur genre grammatical diffère : elle est étymologique pour tour f., et suffixale pour tour m. 

Cette homonymie ne s’arrête pas à la linguistique, mais se prolonge dans le champ culturel à travers la Tour Eiffel et le Tour de France, deux des emblèmes nationaux les plus médiatisés à l’échelle internationale. Décidément, les deux-là n'ont pas fini de nous jouer des tours.

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Sources

Dictionnaire historique de la langue française (A. Rey, Le Robert)
Portail lexical du CNRTL
Généroscope : dictionnaire et application (© 2025 Ginette Chamart)
AI : ChatGPT (illustration) et Gemini 


 © Généroscope 2026 Ginette Chamart (Droits réservés)

une BAGUETTE de pain et un CROISSANT beurre

La BAGUETTE et le CROISSANT
 icônes françaises de la culture… et du genre grammatical


une BAGUETTE de pain 

Emprunté à l'italien bacchetta f. (petit bâton, small stick), du latin baculum (bâton), le mot baguette aurait subi l'influence de bague (anneau) pour le son /g/.

1510 Apparaît d'abord dans l'expression "à la baguette" (avec autorité)
1606 Prend le sens de petit bâton 
1675 Apparition de "baguette magique"
1833 Apparition de "baguette de chef" (d'orchestre)
1892 Apparition de la 
"baguette de pain", un pain parisien long et mince   

Le genre grammatical de baguette est étymologique (hérité de l'italien) et suffixal (diminutif féminin -ette sur base nominale)
Sa finale est typique du féminin : fermée (consonne /-t/) à l'oral, et marquée d'un -e à l'écrit. 
  

23 janvier 2026

Doublets VOILE m. et VOILE f.

Pourquoi dit-on un voile de mariée mais une voile de bateau 
alors que les deux noms viennent du même étymon neutre latin ?

En latin, il y avait trois genres : masculin, féminin et neutre. Les neutres latins ont été redistribués entre le masculin et le féminin en français. Certe, une large majorité sont devenus masculins, mais un nombre non négligeable de neutres pluriels est devenu féminin.

    VOILE m. et VOILE f. sont une bonne illustration de cette redistribution des neutres latins.
(voir également : verre et vitre)

20 janvier 2026

Doublets ONION m. et UNION f.

Pourquoi dit-on un OIGNON, mais une UNION
alors que ces deux noms viennent du même étymon masculin latin ?
 


1. OIGNON m. /ɔnjõ/

Oignon vient du latin ūniō, -ōnis m., dérivé de ūnus « un, unique », qui désignait originellement une « grosse perle unique ». Par analogie, le terme a été transféré à un végétal constitué d’un bulbe unique, l'oignon, qui contrairement à l’ail ne se segmente pas en gousses

La finale, ouverte /õ/ non marquée, est cohérante avec le genre masculin.

2. UNION f. /ynjõ/

Union vient également du latin ūniō, -ōnis m., mais pour des raisons sémantiques et analogiques est devenu féminin. En effet, le mot français "union" a pris le sens de "acte de s'unir" par analogie avec la quasi-totalité des noms français en -ion issus de noms abstraits latins féminins. Normalement le suffixe actionnel féminin -ion s'adjoint au radical d'un verbe (expliquer > explication). Union est devenu, par la force des choses, un dérivé du verbe unir.

La finale, ouverte /õ/ non marquée, n'est pas cohérante avec le genre féminin.

04 janvier 2026

Le genre des couleurs et des langues

                                    

COULEUR et LANGUE sont deux noms féminins ; on dit la couleur bleue et la langue française

Cependant, les noms désignant les couleurs et les langues sont tous masculins :  

Les couleurs le bleu, rouge, le jaune, le vert, le beige, le orange, le marron, le rose, le mauve, le violet, le noir, le blanc, le gris...

Les langues : le français, le russe, le chinois, le vietnamien, le tamoul, le coréen, le perse, le celte, le gaulois, le birman, le turc, le grec, l'arabe... 

Quelle en est la raison ?

Bleu et français sont issus de la classe grammaticale des adjectifs, et comme tels prennent le genre masculin par défaut (neutralisation du genre) lorsqu'ils sont substantivés (nominalisés). 

Il en va de même pour tout nom issu d'une autre classe grammaticale : le pouvoir, le dîner (infinitifs), le derrière, le pour et le contre (prépositions), un rien, le mal (adverbes), un accessoire, le liquide (adjectif), un mais (conjonction).

Doublets VOEU et VOTE masculins

VOEU et VOTE, bien que descendant du même ancêtre latin,
sont entrés en français de manière bien différente.
  


À l'origine, le nom latin votum désigne une promesse faite aux dieux. C'est un engagement solennel pour obtenir une faveur.

Le VOEU : l'évolution naturelle

Le mot vœu (masculin) est ce qu'on appelle un "doublet populaire". Il a traversé les siècles oralement, se transformant doucement : votum est devenu veu en ancien français, puis vœu

Il a gardé le sens spirituel et personnel : un souhait profond ou un engagement religieux.

Son genre est étymologique : les noms neutres latins sont devenus masculins en français.
Sa finale est typique du masculin français : ouverte (voyelle /

Le VOTE : le voyageur anglais

Le mot vote (masculin) est un "doublet savant". Il a été emprunté beaucoup plus tard (au XVIIIe siècle) à l'anglais vote, qui venait lui-même du latin votum

Ici, l'idée de "souhait" s'est déplacée vers le domaine politique : voter, c'est exprimer son vœu (sa volonté) lors d'un choix collectif.

Genre étymologique les noms neutres latins sont devenus masculins en français  

Genre neutralisé
En français, les emprunts à l'anglais d'origine anglosaxonne deviennent masculins par défaut, l'anglais n'ayant pas de genre grammatical (score, golf, match, badge, sport...), alors que les emprunts anglais d'origine latine ou ayant un suffixe familier (mixage, routine, aberration, déodorant...) retrouvent leur genre latin. 
Dans le cas de VOTE, il est difficile d'établir s'il est masculin parce qu'issu d'un neutre latin, ou pris pour un terme anglosaxon, au vu de sa forme monosyllabique typique de cette langue germanique.   
 

POÈME masculin, mais CRÈME féminin



POÈME

Dans l'univers clos d'un vaste système

Où chaque pensée cherche son propre thème

L'esprit s'égare en un long théorème, 

Pour tenter de résoudre un ultime problème.

On y croise l'éclat d'un fier diadème

Porté par un roi au jour du baptême

Lui servant d'armure et de noble emblème 

Durant les rigueurs d'un austère carême.

Parfois l'on médite sur le chrysanthème

Fruit d'un hasard ou d'un noir stratagème

Contemplant l'effroi de ce phénomène, 

Qui fige la vie en un froid anathème.

Mais au milieu de ces mots savants masculins

Une figure s'avance, au charme commun 

Seule la crème, en sa grâce féminine

Vient adoucir cette rigueur masculine.

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