14 juin 2025

FENOUIL : une rareté lexicale

FENOUIL est l'unique nom masculin en -ouil /-uj/ du français


Tous les autres sont féminins et s'écrivent -ouille :
andouille, bafouille, brouille, chatouille, citrouille, couille, débrouille, dépouille, douille, embrouille, fouille, fripouille, gargouille, grenouille, houille, magouille, nouille, papouille, patrouille, pattemouille, quenouille, ratatouille, rouille, tambouille, trouille, vadrouille

Tous les autres ?  Non, pas tout à fait... : un homme-grenouille (genre biologique) et un (produit m.) antirouille (ellipse) sont masculins.

L'étymologie de FENOUIL le prédestinait bien à devenir masculin ; il descend du neutre latin feniculum "petit foin" (feni foin, herbe + suffixe diminutif -culum). Les neutres latins sont majoritairement devenus masculins en français. 

Sa finale non marquée (sans -e) est tout à fait cohérente avec son genre masculin.  

FENOUIL est unique, mais n'a pas pris la grosse tête ! 


2025 Ginette Chamart (Droits réservés)

#genre_grammatical #grammaire #FLE #fenouil #morphologie #français

FEUILLE est unique en son genre !

FEUILLE est l'unique nom féminin en /-œj/ du français.   


Tous les autres sont masculins et non marqués (pas de e final) :

un accueil un bouvreuilun chevreuilun cercueil, du cerfeuille deuilun écueilun écureuilun fauteuilun œilun orgueil, un recueilun seuil, un treuil  

La finale démarquée est typique du masculin.  

Même les noms composés avec FEUILLE sont masculins : 

un portefeuille, un millefeuille, un chèvrefeuille

FEUILLE fait vraiment bande à part. 🍃

Son étymologie ne le prédestinait pourtant pas à être féminin : il est issu du neutre latin folium. Le changement de genre, du neutre au féminin, pourrait s'expliquer par l'influence de la valeur de collectif (feuillage) ancestralement associée au genre féminin.

Il faut cependant reconnaître à FEUILLE une qualité hautement appréciable : sa cohérence forme-genre, une finale fermées (consonantiques) marquée (-e) est prototypique du féminin.  

FEUILLE finit par entrer dans le rang ! 

29 octobre 2024

Genre, nombre et prépositions des départements

Excellente page sur le genre des noms de départements français

Sur le site LE CABINET DES CURIOSITES

"Les départements prennent le genre du cours d'eau (la Loire), du massif (le Jura), du mont (le Cantal), du point géographique (le Finistère, le Nord), du littoral (la Manche) qui leur donne leur nom.

Certains noms sont composés de deux hydronymes : le Loir-et-Cher (deux noms masculins), l'Ille-et-Vilaine (deux noms féminins), la Meurthe-et-Moselle (idem), l'Indre-et-Loire (idem), la Saône-et-Loire (idem), le Tarn-et-Garonne (masculin et féminin), le Lot-et-Garonne (idem). Le masculin est placé en premier, il donne le genre et le nom reste au singulier.

Un cas particulier : le Maine-et-Loire est constitué de la rivière la Maine et du fleuve la Loire. Par analogie avec l'ancienne province du Maine (Sarthe et Mayenne), le premier nom est devenu masculin. Un autre cas particulier : l'Eure-et-Loir (féminin et masculin) devient masculin par attraction des autres départements construits de manière similaire et parce que le nom commence par une voyelle qui masque le genre.

Certains noms sont déterminés par une catégorie géographique :
– les Bouches-du-Rhône ;
– la Côte-d'Or ;
– les Côtes-d'Armor (anciennement Côtes-du-Nord) ;
– les Hauts-de-Seine ;
– le Pas-de-Calais ;
– le Puy-de-Dôme ;
– le Territoire-de-Belfort ;
– le Val-de-Marne.
C'est le nom déterminant qui donne le genre et le nombre.

D'autres noms sont déterminés par un adjectif :
– Hautes-Alpes ;
– Haute-Corse ;
– Haute-Garonne ;
– Haute-Loire ;
– Hautes-Pyrénées ;
– Pyrénées-Orientales ;
– Bas-Rhin ;
– Haut-Rhin ;
– Haute-Saône ;
– Haute-Savoie ;
– Haute-Seine ;
– Haute-Vienne.

Un nom possède un genre hésitant : la Vaucluse était à l'origine la vallée fermée ou
Valleclusa (1050), on trouve une première mention de 1034, sous la forme castellum Vallem Clusam. Le changement de genre en le Vaucluse a des conséquences sur l'emploi de la préposition.

Un nom est devenu féminin alors que son éponyme est masculin : la Lozère tire son nom du mont Lozère.

Sont masculins les noms qui ne finissent pas par un e caduc : le Morbihan (la mer intérieure), le Calvados, Tarn, Rhône, Gard, Gers, Cantal, Allier, Cher, Doubs, Hérault, Jura, Loiret, Loir, Lot, Ain, Aveyron. "

15 juin 2024

ATMOSPHÈRE féminin, mais PLANISPHÈRE masculin

Pourquoi dit-on une atmosphère, mais un planisphère
alors que les deux sont des composés de -sphère ?




Les composés de SPHÈRE féminin (COUCHE f.)

Les composés savants en -SPHÈRE avec une ligature en -o- venue du grec sont féminins à l’image de leur base sphère f. qui signifie couche / enveloppe / espace ou ensemble de... 


ATMOSPHÈRE f. désigne la couche gazeuse chargée de vapeur qui entoure le globe terrestre. Ce mot a été composé artificiellement en 1655 à l'aide des mots grecs atmos (vapeur d'eau) et sphère (sphère céleste).

ATMOSPHÈRE f. a servi de modèle à de nombreux autres composés :


tropOsphère f. - couche de l'atmosphère terrestre dans laquelle la température décroît assez régulièrement avec l'altitude.

stratOsphère f. - couche de l'atmosphère située entre la troposphère (6 à 17 km d'altitude) et la mésosphère (50 km d'altitude).

mésOsphère f. - couche de l'atmosphère au-delà de la stratosphère.

thermOsphère f. - couche atmosphérique où la température croît continuellement avec l'altitude.

homOsphère f. - couche de l'atmosphère à composition presque constante

hétérOsphère f. - couche de l'atmosphère à composition variable

ionOsphère f. - couche de l'atmosphère dans laquelle ions et électrons ont une densité suffisante pour réfléchir les ondes électromagnétiques

exOsphère f. - couche atmosphérique ou les atomes légers s'évadent vers l'espace interplanétaire (Larousse)

photOsphère f. - couche extérieure d'une étoile qui fournit la majeure partie du rayonnement lumineux et calorique

lithOsphère f. - enveloppe rocheuse constituant la croûte terrestre

magnétOsphère f. - couche terrestre qui concentre son champ magnétique

biOsphère f. - couche géochimique constituée par la masse organique des êtres vivants


Néologismes

blogOsphère f. - ensemble des blogs et/ou des blogueurs.

noOsphère f. - ensemble des consciences humaines et de leurs pensées.

fachOsphère f. - ensemble des sites, blogs, activités de réseaux sociaux venant de l'extrême droite.

07 mai 2024

Suffixes et genres : cas du suffixe féminin -aison

  • C'est un allomorphe (une variation) du suffixe actionnel -ion f. D'autres formes sont : trahison, chanson, cuisson) et -on derrière un C (leçon, rançon, façon)
  • Il fait partie des 3 suffixes féminins français non marqués d'un –e final (-ion/-(a)ison; -eur ; -ité
  • Il n’est plus très productif et a été remplacé par la forme -ion
  • Sa famille comprend des emprunts directs au latin (maison, raison, saisonou des dérivés verbaux (livraisonou nominaux (siglaison)

  • Cette famille de dérivés admet 3 exceptions : soupçon m. - poison m. - frisson m., doublets masculins respectifs de suspicion f., potion f. et friction f.

ATTENTION à ne pas confondre les dérivés du suffixe -(ai)son avec ceux du suffixe masculin -on désignant des objets : glaçon, chausson...



23 septembre 2015

Le genre masculin des saisons


En français, le mot saison est féminin :

👉 la saison des pluies, la demi-saison, la saison des châtaignes.

Parcontre, les noms des quatre saisons - printemps, été, automne, hiver  -  est masculin


📚 Saison, un mot qui vient de l'agriculture

Le mot saison vient du latin satiōnem, forme accusative de satiō f., qui désigne l’action de semer. Il entre en français au XIIe siècle, à une époque où le rythme de la vie agricole structure profondément la langue. Le suffixe -(ai)son, que l’on retrouve dans maison, raison ou terminaison, est une forme (allomorphe) plus archaïque du suffixe féminin -ion, généralement associés à des noms abstraits d’action ou de résultat de cette action. C'est le suffixe qui explique le genre féminin du mot saison.


🌤 Des saisons masculines

Le nom des quatre saisons que nous connaissons en Europe  - printemps, été, automne, hiver  - sont tous de genre masculin, mais chacun pour une raison différente :

  • Un printemps (XIIe siècle) "premier temps (de l’année)" : 
Le genre de printemps est le plus simple à reconnaître puisqu'il est formé sur  prin-(premier) et temps m. Printemps est un nom composé qui doit son genre à son noyau masculin temps. 
  • Un hiver (XIe siècle) "temps hivernal" : 

Le genre de hiver découle également de celui de temps, mais d'une manière plus indirecte. Hiver est issu d'une ellipse du groupe nominal latin hibernum tempus nt. (temps hivernal).  Hiver était donc à l'origine un adjectif. 
Comme la plupart des neutres du latin entrés en français, tempus est devenu masculin en français.
  • Un automne (XIIIe siècle) : 
Le genre masculin de automne est un autre exemple de neutres latins devenus masculins en français : autumnus ou automnus nt. de même sens.  La présence d'un e final remplaçant la terminaison latine -us est orthographique (conservation du son /n/). 
  • Un été (XIe siècle) : 

Le genre masculin de été est le plus inattendu puisqu'il ne correspond pas à celui de son étymon latin aestās, aestātis f. de même sens. Malgré son origine féminine, le mot devient masculin en français, peut-être par analogie avec le genre de temps m. 
(Note : Le lien avec les dérivés du suffixe féminin -ātis qui a donné -ité en français ne semble pas avéré, aestas ayant une base verbale et non adjectivale comme les dérivés en -ātis) 

👉 Résumé : Les noms des saisons sont logiquement masculins à part celui de été

Du point de vue des critères de motivation du genre, nous classons ces noms dans la catégorie genre générique ou sémantique (genre du référé/concept), noté comme suit : [saisons]m. : printemps, été, automne, hiver 


🌧 Et la mousson, dans tout ça ?

La mousson désigne une saison tropicale, marquée par de fortes pluies. 

Le mot entre en français au XVIe siècle par le portugais monção f., lui-même de l’arabe mawsim m., saison, moment fixé, via le néerlandais monssoen m.

Le genre féminin du portugais semble être dû à une association avec le genre des dérivés en -ção (condição, informação, etc.) suffixe féminin équivalent du français -ion f. ou de sa forme archaïque -aison comme dans... et oui ! ...saisonLa boucle est ainsi bouclée !

20 septembre 2015

FAÇON vs. GLAÇON

"la façon" et "le glaçon" possèdent la même terminaison -çon mais ne sont pas du même GENRE. Quelle en est donc la raison ?


Malgré leur similitude, ces deux noms ne font pas partie de la même famille de dérivés.

Alors que "façon" appartient à la famille des noms ABSTRAITS dérivés du suffixe FEMININ -ion (base verbale : faire) au côté de "chanson(chanter), livraison(livrer) ou invention(inventer)", "glaçon" appartient, lui, à la famille des noms CONCRETS dérivés du suffixe MASCULIN -on (base nominale : glace) au côté de "ballon(balle), blouson(blouse) ou caisson(caisse)".







Genre des noms de langue

Pourquoi les noms de langues sont-ils masculins en français ?

En français, les noms désignant les langues (le français, le russe, le chinois, le provençal, le corse, etc.) sont systématiquement de genre masculin, alors même que l’on emploie parallèlement des syntagmes comme la langue française, la langue russe ou la langue bretonne. Cette apparente contradiction s’explique par un mécanisme morphosyntaxique bien identifié.

La raison tient au fait que ces mots n’étaient pas des noms à l’origine, mais des adjectifs qualificatifs. Leur emploi comme noms résulte d’un processus de conversion grammaticale, par lequel une forme adjectivale est utilisée sans modification formelle comme substantif.

Or, en français, le masculin constitue le genre par défaut lors de la substantivation de formes non nominales et non fléchies pour le genre. Ce principe s’applique de manière générale aux adjectifs, aux infinitifs verbaux, aux adverbes ou encore aux locutions lorsqu’ils accèdent au statut nominal. Ainsi, on dira un sourire (issu du verbe sourire), un ensemble (issu de l’adverbe), un liquide (issu de l’adjectif), ou encore un face-à-face (issu d’une locution).

Les noms de langues obéissent exactement à ce même principe : français, russe ou chinois, devenus substantifs par conversion, héritent mécaniquement du genre masculin, indépendamment du genre du nom sous-entendu langue, qui demeure, quant à lui, féminin.



Quel genre de bonheur ?


Le suffixe féminin -eur forme des noms à partir d'ADJECTIFS : 

la grandeur (grande), la blancheur (blanche), la lenteur (lente), la fraîcheur (fraîche), la pâleur (pâle), la douceur (douce)... 

Et bonheur alors ? Il se termine par -eur et comprend l'adjectif bonPourquoi est-il masculin ? 

bonheur et malheur ne sont pas des dérivés du suffixe -eur mais des noms composés à partir de BON/MAL et du nom masculin HEUR qui signifie destin/chance. 

 
HEUR est aussi utilisé dans l'expression "avoir l'heur de" qui signifie "avoir la chance de" ou "avoir l'air de". https://www.cnrtl.fr/definition/heur
"Sa dernière initiative n'a pas eu l'heur de plaire à son chef."

L'adjectif HEUREUX en est un des dérivés.

 

15 juin 2010

Carte des pays masculins et féminins

Carte wikipédia montrant les pays selon leur genre masculin ou féminin en français.


Le continent américain est très masculin alors que les pays d'Europe et d'Asie sont majoritairement féminins.

L'Inde et la Thaïlande sont entourées de pays masculins depuis que la Birmanie est devenue le Myanmar.