23 septembre 2015

Le genre masculin des saisons


En français, le mot saison est féminin :

👉 la saison des pluies, la demi-saison, la saison des châtaignes.

Parcontre, les noms des quatre saisons - printemps, été, automne, hiver  -  est masculin


📚 Saison, un mot qui vient de l'agriculture

Le mot saison vient du latin satiōnem, forme accusative de satiō f., qui désigne l’action de semer. Il entre en français au XIIe siècle, à une époque où le rythme de la vie agricole structure profondément la langue. Le suffixe -(ai)son, que l’on retrouve dans maison, raison ou terminaison, est une forme (allomorphe) plus archaïque du suffixe féminin -ion, généralement associés à des noms abstraits d’action ou de résultat de cette action. C'est le suffixe qui explique le genre féminin du mot saison.


🌤 Des saisons masculines

Le nom des quatre saisons que nous connaissons en Europe  - printemps, été, automne, hiver  - sont tous de genre masculin, mais chacun pour une raison différente :

  • Un printemps (XIIe siècle) "premier temps (de l’année)" : 
Le genre de printemps est le plus simple à reconnaître puisqu'il est formé sur  prin-(premier) et temps m. Printemps est un nom composé qui doit son genre à son noyau masculin temps. 
  • Un hiver (XIe siècle) "temps hivernal" : 

Le genre de hiver découle également de celui de temps, mais d'une manière plus indirecte. Hiver est issu d'une ellipse du groupe nominal latin hibernum tempus nt. (temps hivernal).  Hiver était donc à l'origine un adjectif. 
Comme la plupart des neutres du latin entrés en français, tempus est devenu masculin en français.
  • Un automne (XIIIe siècle) : 
Le genre masculin de automne est un autre exemple de neutres latins devenus masculins en français : autumnus ou automnus nt. de même sens.  La présence d'un e final remplaçant la terminaison latine -us est orthographique (conservation du son /n/). 
  • Un été (XIe siècle) : 

Le genre masculin de été est le plus inattendu puisqu'il ne correspond pas à celui de son étymon latin aestās, aestātis f. de même sens. Malgré son origine féminine, le mot devient masculin en français, peut-être par analogie avec le genre de temps m. 
(Note : Le lien avec les dérivés du suffixe féminin -ātis qui a donné -ité en français ne semble pas avéré, aestas ayant une base verbale et non adjectivale comme les dérivés en -ātis) 

👉 Résumé : Les noms des saisons sont logiquement masculins à part celui de été

Du point de vue des critères de motivation du genre, nous classons ces noms dans la catégorie genre générique ou sémantique (genre du référé/concept), noté comme suit : [saisons]m. : printemps, été, automne, hiver 


🌧 Et la mousson, dans tout ça ?

La mousson désigne une saison tropicale, marquée par de fortes pluies. 

Le mot entre en français au XVIe siècle par le portugais monção f., lui-même de l’arabe mawsim m., saison, moment fixé, via le néerlandais monssoen m.

Le genre féminin du portugais semble être dû à une association avec le genre des dérivés en -ção (condição, informação, etc.) suffixe féminin équivalent du français -ion f. ou de sa forme archaïque -aison comme dans... et oui ! ...saisonLa boucle est ainsi bouclée !

20 septembre 2015

FAÇON vs. GLAÇON

"la façon" et "le glaçon" possèdent la même terminaison -çon mais ne sont pas du même GENRE. Quelle en est donc la raison ?


Malgré leur similitude, ces deux noms ne font pas partie de la même famille de dérivés.

Alors que "façon" appartient à la famille des noms ABSTRAITS dérivés du suffixe FEMININ -ion (base verbale : faire) au côté de "chanson(chanter), livraison(livrer) ou invention(inventer)", "glaçon" appartient, lui, à la famille des noms CONCRETS dérivés du suffixe MASCULIN -on (base nominale : glace) au côté de "ballon(balle), blouson(blouse) ou caisson(caisse)".







Genre des noms de langue

Pourquoi les noms de langues sont-ils masculins en français ?

En français, les noms désignant les langues (le français, le russe, le chinois, le provençal, le corse, etc.) sont systématiquement de genre masculin, alors même que l’on emploie parallèlement des syntagmes comme la langue française, la langue russe ou la langue bretonne. Cette apparente contradiction s’explique par un mécanisme morphosyntaxique bien identifié.

La raison tient au fait que ces mots n’étaient pas des noms à l’origine, mais des adjectifs qualificatifs. Leur emploi comme noms résulte d’un processus de conversion grammaticale, par lequel une forme adjectivale est utilisée sans modification formelle comme substantif.

Or, en français, le masculin constitue le genre par défaut lors de la substantivation de formes non nominales et non fléchies pour le genre. Ce principe s’applique de manière générale aux adjectifs, aux infinitifs verbaux, aux adverbes ou encore aux locutions lorsqu’ils accèdent au statut nominal. Ainsi, on dira un sourire (issu du verbe sourire), un ensemble (issu de l’adverbe), un liquide (issu de l’adjectif), ou encore un face-à-face (issu d’une locution).

Les noms de langues obéissent exactement à ce même principe : français, russe ou chinois, devenus substantifs par conversion, héritent mécaniquement du genre masculin, indépendamment du genre du nom sous-entendu langue, qui demeure, quant à lui, féminin.



Quel genre de bonheur ?


Le suffixe féminin -eur forme des noms à partir d'ADJECTIFS : 

la grandeur (grande), la blancheur (blanche), la lenteur (lente), la fraîcheur (fraîche), la pâleur (pâle), la douceur (douce)... 

Et bonheur alors ? Il se termine par -eur et comprend l'adjectif bonPourquoi est-il masculin ? 

bonheur et malheur ne sont pas des dérivés du suffixe -eur mais des noms composés à partir de BON/MAL et du nom masculin HEUR qui signifie destin/chance. 

 
HEUR est aussi utilisé dans l'expression "avoir l'heur de" qui signifie "avoir la chance de" ou "avoir l'air de". https://www.cnrtl.fr/definition/heur
"Sa dernière initiative n'a pas eu l'heur de plaire à son chef."

L'adjectif HEUREUX en est un des dérivés.