23 janvier 2026

Doublets VOILE m. et VOILE f.

Pourquoi dit-on un voile de mariée mais une voile de bateau 
alors que les deux noms viennent du même étymon neutre latin ?

En latin, il y avait trois genres : masculin, féminin et neutre. Les neutres latins ont été redistribués entre le masculin et le féminin en français. Certe, une large majorité sont devenus masculins, mais un nombre non négligeable de neutres pluriels est devenu féminin.

    VOILE m. et VOILE f. sont une bonne illustration de cette redistribution des neutres latins.
(voir également : verre et vitre)

20 janvier 2026

Doublets ONION m. et UNION f.

Pourquoi dit-on un OIGNON, mais une UNION
alors que ces deux noms viennent du même étymon masculin latin ?
 


1. OIGNON m. /ɔnjõ/

Oignon vient du latin ūniō, -ōnis m., dérivé de ūnus « un, unique », qui désignait originellement une « grosse perle unique ». Par analogie, le terme a été transféré à un végétal constitué d’un bulbe unique, l'oignon, qui contrairement à l’ail ne se segmente pas en gousses

La finale, ouverte /õ/ non marquée, est cohérante avec le genre masculin.

2. UNION f. /ynjõ/

Union vient également du latin ūniō, -ōnis m., mais pour des raisons sémantiques et analogiques est devenu féminin. En effet, le mot français "union" a pris le sens de "acte de s'unir" par analogie avec la quasi-totalité des noms français en -ion issus de noms abstraits latins féminins. Normalement le suffixe actionnel féminin -ion s'adjoint au radical d'un verbe (expliquer > explication). Union est devenu, par la force des choses, un dérivé du verbe unir.

La finale, ouverte /õ/ non marquée, n'est pas cohérante avec le genre féminin.

04 janvier 2026

Le genre des couleurs et des langues

                                    

COULEUR et LANGUE sont deux noms féminins ; on dit la couleur bleue et la langue française

Cependant, les noms désignant les couleurs et les langues sont masculins :  

Les couleurs le bleu, rouge, le jaune, le vert, le beige, le orange, le marron, le rose, le mauve, le violet, le noir, le blanc, le gris...

Les langues : le français, le russe, le chinois, le vietnamien, le tamoul, le coréen, le perse, le celte, le gaulois, le birman, le turc, le grec, l'arabe... 

Quelle en est la raison ?

Bleu et français sont issus de la classe grammaticale des adjectifs, et comme tels prennent le genre masculin par défaut (neutralisation du genre) lorsqu'ils sont substantivés (nominalisés). 

Il en va de même pour tout nom issu d'une autre classe grammaticale : le pouvoir, le dîner (infinitifs), le derrière, le pour et le contre (prépositions), un rien, le mal (adverbes), un accessoire, le liquide (adjectif), un mais (conjonction).


Doublets VOEU et VOTE masculins


"Vœu" et "Vote" descendent du même ancêtre : le nom neutre latin votum  

À l'origine, le votum désigne une promesse faite aux dieux. C'est un engagement solennel pour obtenir une faveur.

Le VOEU : l'évolution naturelle

Le mot vœu (masculin) est ce qu'on appelle un "doublet populaire". Il a traversé les siècles oralement, se transformant doucement : votum est devenu veu en ancien français, puis vœu

Il a gardé le sens spirituel et personnel : un souhait profond ou un engagement religieux.

Genre étymologique : les noms neutres latins sont devenus masculins en français

Le VOTE : le voyageur anglais

Le mot vote (masculin) est un "doublet savant". Il a été emprunté beaucoup plus tard (au XVIIIe siècle) à l'anglais vote, qui venait lui-même du latin votum

Ici, l'idée de "souhait" s'est déplacée vers le domaine politique : voter, c'est exprimer son vœu (sa volonté) lors d'un choix collectif.

Genre étymologique les noms neutres latins sont devenus masculins en français  

Genre neutralisé
En français, les emprunts à l'anglais d'origine anglosaxonne deviennent masculins par défaut, l'anglais n'ayant pas de genre grammatical (score, golf, match, badge, sport...), alors que les emprunts anglais d'origine latine ou ayant un suffixe familier (mixage, routine, aberration, déodorant...) retrouvent leur genre latin. 
Dans le cas de VOTE, il est difficile d'établir s'il est masculin parce qu'issu d'un neutre latin, ou pris pour un terme anglosaxon, au vu de sa forme monosyllabique typique de cette langue germanique.   

#grammaticalgender #gender #French #grammar #genregrammatical #grammaire #genre #emprunt #français #fle #neutralisation 

POÈME masculin, mais CRÈME féminin



POÈME

Dans l'univers clos d'un vaste système

Où chaque pensée cherche son propre thème

L'esprit s'égare en un long théorème, 

Pour tenter de résoudre un ultime problème.

On y croise l'éclat d'un fier diadème

Porté par un roi au jour du baptême

Lui servant d'armure et de noble emblème 

Durant les rigueurs d'un austère carême.

Parfois l'on médite sur le chrysanthème

Fruit d'un hasard ou d'un noir stratagème

Contemplant l'effroi de ce phénomène, 

Qui fige la vie en un froid anathème.

Mais au milieu de ces mots savants masculins

Une figure s'avance, au charme commun 

Seule la crème, en sa grâce féminine

Vient adoucir cette rigueur masculine.

partially AI generated

25 décembre 2025

Doublets VERRE m. et VITRE f.

    Pourquoi dit-on un verre, mais une vitre
alors que les deux noms viennent du même étymon neutre latin ?


    En latin, langue à l'origine du français, il y avait trois genres : masculin, féminin et neutre. Les neutres latins ont été redistribués entre le masculin et le féminin français. Certe, une large majorité sont devenus masculins, mais un nombre non négligeable de neutres pluriels est devenu féminin.

    VERRE m. et VITRE f. sont une bonne illustration de cette redistribution des neutres latins.

1. VERRE m. /vɛr/

    En latin, vitrum est un nom neutre qui désigne le verre comme matière. En français, il a évolué en "voirre", puis en verre et a pris normalement le genre masculin.

    Si le genre masculin de verre est clairement étymologique puisque comme nous l'avons vu, les neutres latins sont devenus masculins en français, il est aussi sémantique (générique), car verre fait partie des hyponymes masculins de matériaux/matières (métaux, minerais...) : fer, bronze, cuivre, acier, aluminium, plastique, aggloméré, papier, carton, caoutchouc, bois, liège, cuir, sable, marbre, grès, granit(e), béton, ciment, goudron, bitume...

    Le e final de verre est orthographique, et ne correspond pas à une marque de genre.

2. VITRE /vitr/

    Vitra le neutre pluriel de vitrum désignait des ensembles de plaques de verre. Sa finale en -a a été réinterprétée comme féminin singulier pour donner VITRE f. (carreau de verre)

    Le genre féminin correspondant à un ancien collectif, de nombreux autres neutres pluriels en -a sont ainsi devenu féminins en français : arme, bataille, corne, dette, feuille, joie, librairie, médaille, paire, pomme, tourmente, viande, voile... Ces noms ont tous une terminaison typique du féminin en français, le e s'étant substitué au -a latin.

    Le genre féminin de VITRE peut être considéré comme étymologique puisque ce nom n'est pas un cas isolé mais suit le modèle de nombreux autres neutres devenus féminins. Le genre est également partiellement sémantique (héritage d'une valeur collective féminin), et grapho-phonologique par association avec la marque du féminin.

En résumé

Les deux mots verre et vitre, bien qu'issus du même étymon latin, ont divergé pour se spécialiser dans leur signification et leur genre :

VERRE m. (matière, et par métonymie un gobelet en verre) en suivant la règle générale du neutre devenant masculin. Finale orthographique.

VITRE f. (carreau en verre) en suivant la réinterprétation du pluriel neutre collectif en féminin singulier. Finale typique du féminin.

19 décembre 2025

Les six noms féminins en -age



Les 6 noms féminins qui ne sont pas des dérivés du suffixe masculin -age
 

une IMAGE sur une PAGE
une CAGE sur une PLAGE 
un oiseau en NAGE et en RAGE

28 novembre 2025

VOCABULAIRE masculin, mais GRAMMAIRE féminin

Pourquoi dit-on le vocabulaire, mais la grammaire, alors que les deux noms ont la même terminaison -aire /ɛr/ ?

Trois raisons à cela : 
1) le genre de leur étymon, 
2) le genre de leur suffixe, 
3) le genre de leur générique (hyperonyme)  

VOCABULAIRE  (liste de vocables) masculin

Genre étymologique  

Attesté au XVe siècle, Vocabulaire est un emprunt au latin médiéval vocabularium de genre neutre signifiant "liste de vocables"Les neutres du latin sont régulièrement devenus masculins en français.  

Genre suffixal 

En français moderne, vocabulaire est un dérivé de vocable au moyen du suffixe collectif masculin -aire, qui exprime l’idée de « liste ou recueil de mots ». 

Ce suffixe savant a été assez productif :


bréviaire            liste/recueil de brèves prières  (12e, du latin)
bestiaire            liste/recueil de (contes) avec des bêtes  (12e, du latin)
formulaire         liste/recueil de formules (14e, du latin)    
inventaire          liste de biens répertoriés (14e, du latin) 
itinéraire            liste d'étapes par où l'on passe (14e, du latin)  
commentaire     liste/recueil d’observations, de notes (15e, du latin
abécédaire        liste/recueil des lettres de l'aphabet (16e, du latin) 
dictionnaire       liste/recueil de "dictions" (propos, expressions) (16e, du latin 
glossaire             liste/recueil de gloses (16e, du latin
questionnaire  liste de questions (16e, du latin)  
sommaire         liste des principales divisions d’un ouvrage  (16e, du latin)  
horaire              liste d'heures marquant le début et la fin d’une activité (19e adj. substantivé)
argumentaire     liste/recueil d’arguments (20e, dérivé de argument)  


Genre générique/sémantique (classe d'hyperonymes/synonymes genrés) 

On observe empiriquement que les hyponymes désignant des "objets constitués de feuilles assemblées, imprimées ou manuscrites" sont très majoritairement masculins : abécédaire, actes, agenda, album, almanach, annuaire, atlas, bestiaire, book, bottin, bréviaire, cahier, catalogue, codex, Coran, dictionnaire, digest(e), dossier, essai, guide, grimoire, journal (quotidien, canard, intime), lexique, magazine (périodique), manuel, mémoire, missel, portfolio, précis, registre, répertoire, recueil, roman (polar), script, syllabaire, thésaurus, traité, vocabulaire...

De même que les synonymes : bouquin, exemplaire, fascicule, livre, livret, manuscrit, numéro, opuscule, ouvrage, pavé, polycopié, tapuscrit, titre, tome, volume...


Les cas féminins sont soit...


- des dérivés suffixés : une publication, une parution

- des composés savants : une anthologie, une biographie, une monographie, une encyclopédie

- le résultat de métonymies :  

une torah (13e) emprunt à l'hébreu signifiant "instruction, doctrine, enseignement" et par extension "un exemplaire écrit" 

une revue (18e) emprunt à l'anglais review, lui même du français revue f. (restauration du genre de l'étymon français) ; il désigne une publication périodique et par extension "un exemplaire imprimé de cette revue"

une thèse : emprunt au latin thesis f. ; proposition de recherche soutenue lors d'un doctorat ; par extension "un exemplaire imprimé de cette thèse"

une grammaire : emprunt au latin grammatica f. (science des lettres) ; par extension "un manuel de grammaire"

- des emprunts

une bible (12e) Emprunt au latin chrétien biblia f. 

06 novembre 2025

PLUIE féminin, mais PARAPLUIE masculin

Si le genre grammatical de PLUIE s'explique facilement, 
celui de PARAPLUIE demande un peu plus de développement. 


🌧️ PLUIE : un héritage latin

Le mot pluie, attesté depuis le XIᵉ siècle, vient du latin pluvia, nom féminin dérivé du verbe pluere (pleuvoir). Le français a simplement conservé le genre féminin du latin : 

une pluie fine, une forte pluie

 Le genre de pluie est donc étymologique. Il a conservé le genre féminin de son étymon latin.


☂️ PARAPLUIE : un composé verbal franco-italien

Au 16e siècle, le français emprunte à l'italien les noms parasol (parasole m.) et paravent (paravento m.), eux-mêmes issus du verbe italien parare (se défendre). En italien, comme en français, le genre masculin est motivé par la nature verbale (donc non genrée) et exocentrique (sans tête) de ce type de composition. 

Le français s'est mis à créer de nouveaux composés sur le modèle italien. Le mot parapluie (ce qui protège de la pluie) naît ainsi au 17e siècle, suivi de parachute (ce qui protège de la chute) et   paratonnerre (ce qui protège du tonnerre) au 18e.    

La forme de composition a été francisé plus tard à l'aide de pare- (verbe parer), pour donner des composés masculins : (19e siècle) un pare-feu(20e siècle) un pare-brise, un pare-choc, un pare-soleil, un pare-boue, un pare-douche, un pare-pierres, un pare-pluie

Le genre de parapluie est neutralisé, c'est à dire masculin par défaut. C'est le cas de tous les composés verbaux (ex. ouvre-boîte, porte-bonheur, lance-flamme, appuie-tête, lave-linge, grille-pain etc.) car ils n'ont pas de tête genrée contrairement aux composés endocentriques comme chou-fleur m. (un type de chou m.), timbre-poste m. (un type de timbre m.), radio-réveil (un type de réveil m.), pause-café f. (un type de pause f.)  

                                                fermer son parapluie, un vieux parapluie


En résumé :

Le genre de PLUIE est hérité du latin, celui de PARAPLUIE est imposé par défaut.

18 octobre 2025

CHEMISE féminin, mais CHEMISIER masculin

Apprenants de français, sachez que le genre des vêtements ne dépend pas du sexe de ceux qui les portent.

Une "chemise" est un vêtement porté par un homme

CHEMISE est attesté en français depuis le 10e siècle. Il est issu dbas latin camisia f., une chemise de toile portée sur la peau. 

Un "chemisier" est un vêtement porté par une femme

CHEMISIER est un dérivé du nom français "chemise" à l'aide du suffixe masculin -ier formant des nom d'agent et/ou de profession. En effet, au début du 20e siècle, un "chemisier" ou "chemisière" désignait une personne qui faisait ou vendait des chemises pour homme. Dans les années 20, après glissement de sensil désignait également une chemisette, une petite chemise, ou une blouse à devant plissé. 

En résumé

Le genre de CHEMISE est étymologique, car il a conservé le genre féminin de son ancêtre latin. Le genre de CHEMISIER est suffixal (morphologique), car il a pris le genremasculin de son suffixe -ier

GROUPE masculin, mais TROUPE féminin

Pourquoi dit-on un groupe de rock, mais une troupe de théâtre, alors que les deux noms partagent un sens proche (ensemble de personnes) et la même finale -(r)oupe /-rup/ ? 


Quelle en sont les raisons ? 

GROUPE (m.) est un emprunt à l'italien gruppo m. datant du 17e siècle ; le e final du français est orthographique ; il permet de maintenir le son /p/ qui autrement serait devenu muet comme dans "coup" ou "drap". L'emploi de "groupe" pour désigner un ensemble musical date des années soixante.

TROUPE (f.) a une toute autre origine qui s'avère plus complexe à retracer. Il est décrit dans les dictionnaires comme une régression de "troupeau", nom masculin (régression accompagnée d'un changement de genre) qui comme de nombreux autres noms de l'ancien français (trope f. (fin 12e), tropel m.(1190), tropele f. (12e), tropelet m.) dérive du radical francique *trop*trop (entassement) qui avait donné le bas latin troppum nt. ainsi que l'adverbe français "trop" (1080). Le féminin peut être dû à l'influence de trope f. ou à la finale fermée marquée (-pe) typique du féminin, ou encore à un féminin sémantique (valeur de collectif). "Troupeau" s'est spécialisé dans le regroupement d'animaux alors que "troupe" est réservé aux individus (une troupe militaire). C'est au 17e (1662) que ce dernier commence à désigner également un ensemble de comédiens jouant ensemble.  


Doublets SOMME m. et SOMME f.

SOMME /sɔm/ masculin et SOMME /sɔm/ féminin sont deux homophones et homographes. Pourquoi n'ont-ils pas le même genre ?



26 juillet 2025

Le français NUAGE m. - l'espagnol NUBE f.

Je voudrais réagir à une erreur assez commune lors de comparaisons du genre des noms entre langues romanes. On ne peut comparer que ce qui est comparable.

Voici un exemple pris dans un article de la revue The Open Applied Linguistics Journal, daté de 2008, intitulé  Grammatical Gender Affects Bilinguals’ Conceptual Gender: Implications for Linguistic Relativity and Decision Making

Il est courant de lire que certains noms ont des genres grammaticaux opposés dans différentes langues romanes, bien qu’ils désignent la même réalité. C’est le cas du mot « nuage », masculin en français (un nuage), et de son équivalent espagnol nube, féminin (una nube). À première vue, cette différence semble illustrer une certaine arbitrarité du genre grammatical. Pourtant, une analyse étymologique révèle une toute autre réalité.

Deux mots pour une origine commune : nūbēs

L'espagnol nube f. (nuage) et le français nue f. sont des formes sœurs, toutes deux issues de la langue mère latine nūbēs, nūbis, féminin, signifiant « nuage » ou « nuée ».

  • En espagnolnube est attesté dès le XIIIᵉ siècle. C’est un emprunt direct au latin nūbēs dont il conserve à la fois le sens (nuage) et le genre féminin.

  • En français, le mot nue apparaît dans les textes au début du XIIᵉ siècle avec la même origine latine : nūbēs. Lui aussi conserve le genre féminin du latin. Ce mot est aujourd’hui vieilli, mais subsiste dans des expressions comme tomber des nues ou porter aux nues.

Le français et l’espagnol ont emprunté le même mot féminin latin : nube et nue sont soeurs.

Quand le français masculinise le ciel : l’apparition de nuage

Le contraste de genre apparent aujourd’hui ne vient pas d’un désaccord entre les langues, mais d’un développement ultérieur propre au français.

  • Dès la fin du XIIᵉ siècle, le français crée, à partir de "nue", un dérivé féminin : nuée (suffixe -ée f.), signifiant « amas de nuages » ou « gros nuage ». 

  • Au XVIᵉ siècle, émerge nuage, un nouveau dérivé à partir de nue, mais avec le suffixe masculin –age (comme dans village, feuillage, paysage, laitage).  

Le masculin du "nuage" français résulte d’un changement morphologique interne au français.

Conclusion : une opposition apparente, une origine commune

L’exemple souvent repris du « nuage » français et de la nube espagnole ne démontre pas le caractère aléatoire du genre grammatical. Il illustre au contraire une parenté étroite et des mécanismes internes à chaque langue :

  • Espagnol : nube ← nūbēs (féminin conservé)

  • Français : nue ← nūbēs (féminin conservé, mot vieilli) → nuage (suffixé masculin)

Plutôt que refléter une variation capricieuse du genre, ce cas révèle la stabilité des héritages étymologiques et la régularité des processus de dérivation. Le genre grammatical n’est pas arbitraire : il est construit, transmis, ou reconfiguré selon les formes, les suffixes et l’histoire lexicale des mots.


Latin nūbēs (f.)
     │
     ├──► Espagnol : nube (f.) — XIIIe
     │
     └──► Français : nue (f.) — XIIe
                │
                ├──► nuée (f.) — XIIe (vieilli)
                └──► nuage (m.) — XVIe (courant)


Espagnol :  NUBE f.
Latin : Nuba  f.
Français :
NUE f. D'un lat. pop. *nuba, altération du lat. class. nubes «nuage; essaim; obscurité, voile (fig.)»
NUEE f. Dér. de nue*; suff. -ée, v. -é.
NUAGE m. XVIe Dér. de nue* auquel il s'est substitué; suff. -age (suff. masculin)